Pillée

Lou

Texte

PEACE

L'oeuvre

Autrefois, dans l’obscurité,
Se dévoilait ma vivacité,
Celle que j’avais forgée
Avec soin, à chaque instant.
J’y avais posé délicatement
Une tonne de jolies petites fleurs
Aux arômes de bonbon.
Elles estompaient toutes les peurs.

Elles étaient mon monde,
Ce que j’avais construit,
Ce qui m’a fascinée.
Le sol était gorgé
De bonne volonté.

Mais on me l’a liquidée,
Alors que je n’ai même pas rétorqué
Face à ces odieuses paroles.
Je continuais à jouer mon rôle.
On me l’a tout de même ravagée,
Détruite, amochée et volée,
Prise comme une vieille page blanche
Qui traînait là, sur le bord de la table.

Maintenant,
Je vagabonde dans les méandres de celle-ci,
Où se dévoilent tous mes tracas
Et quelques échos
D’anciens rires fougueux.

Cet espace était pour moi
Plus qu’un simple territoire
À marquer ou dominer,
À pomper ou condamner.
Il y régnait une harmonie
Sincère et unique,
Propre à chacun.

Mais il n’a fallu que d’un,
Un seul bourreau,
Pour que tout tombe en lambeaux.
Je me laisse alors croupir dans l’eau.

Nous sommes tous en vie,
En aucun cas je ne le nie.
Mais peut-on dire que je le sois ?
Que chaque victime le soit ?
Ne sommes-nous pas plutôt en train de survivre ?

Quoi qu’il en soit,
Je suis bel et bien là,
À respirer cet air que je ne veux plus,
À boire cette eau que je ne désire plus,
À vivre cette vie que je n’envie plus.
Je ne réclame que la justice.

Pourtant,
C’est à moi d’apprendre,
Du moins réapprendre,
À prendre le temps,
À enlever toutes ces mauvaises herbes
Qui ont été posées —
Non, m’ont été imposées — à terre
Sur mon territoire,
Avec ardeur et sang-froid,
Dans une pluie sanglante.

Comment retrouver espoir
Quand il a traversé les frontières,
Pris ton seul repère ?
Elle a coulé, la sève.
Mes plantes ne sont plus que ruines.
J’y ai fait la plus grande attention,
J’avais été douce et pure,
Mais tout est lugubre désormais.

Je reste tout de même attachée
À ce lieu autrefois chaleureux.
Je m’enferme peu à peu,
Pendant que lui
Profite de tous ces puits.

Son territoire reste intact,
Vigoureux et robuste,
Toujours en vie,
Alors que le mien
N’est plus ce qu’il était autrefois.

J’ai dû reconstruire une nouvelle histoire
À cette place.
Malgré tous mes efforts,
Je reste vivante,
Mais qu’à moitié.

Je reste présente,
Certes,
Mais plus avec la même vivacité
Qui régnait autrefois
Dans mon cœur.
Il a pris le dessus
De mon corps.

En dépit de ce qu’il m’a dévalisée,
Je compte reprendre le pouvoir.
Cela n’appartenait qu’à moi,
Moi et moi seule.

Alors je me lève
Et recultive cette terre
Sur de nouvelles bases,
Bien plus solides que les précédentes.
Je compte bel et bien faire survivre
Mon territoire, mon corps,
Et me battre de toutes mes forces.

Quoi qu’il arrive,
Je vais continuer à le forger.


Le message

J’ai voulu démontrer que le territoire peut prendre des formes différentes. Dans ce texte, je le rends organique : il n’est plus seulement un espace, un lieu ou une zone géographique, mais un corps. Le territoire peut être réel ou imaginaire, délimité ou invisible, voué à être détruit ou à être consolidé. Ici, il est à reconstruire et à protéger, car il fait partie de nous à part entière : il est nous.


Le processus créatif

Au premier abord, je me suis demandé comment mettre en lumière un territoire tout en restant intime, introspective et inattendue. J’ai d’abord pensé au territoire comme une zone géographique, mais j’ai voulu aller plus loin : le rendre fragile, sensible, organique, presque incarné.

J’ai fait des parallèles avec la Terre pour montrer que le territoire peut prendre plusieurs formes : un espace, un lieu, un corps, un organisme vivant. Ces images permettent aussi de rappeler que le territoire peut être volé ou détruit, indépendamment de sa nature ou de l’intention de celui qui le contrôle.

Ainsi, ce poème aborde un sujet grave tout en réaffirmant que notre territoire, ici représenté par le corps et l’espace intime, est notre héritage à protéger et à reconstruire. Malgré la douleur qu'on peut éprouver.