Étrangère

Zim Xexarxo

Texte

PEACE

L'oeuvre

Je suis étrangère ici, et ici c’est ailleurs, c’est loin de ma patrie dans laquelle je suis étrangère aussi. Loin des routes sinueuses qui ont perdu de leur familiarité. Dans le confort de cette terre d’accueil, mon cœur se serre à la simple pensée de ma terre natale qui ne me paraît plus si discernable. Ce n’est plus qu’un amas de montagnes, un désert de lumières artificielles.

Ces années durant lesquelles je me suis imprégnée d’une langue, d’une culture, d’un mode de vie nouveau, auraient pu, auraient dû, être passées dans un village en ruines, sous les décombres des tours médiévales

« Ça te manque ? »

La réponse est oui, mais elle est en fait non.

Le cœur lourd, je n’ai plus que des images à contempler, d’un temps révolu, d’une époque ravagée par la violence et la guerre.

L’oppression ne me manque.
Le fascisme ne me manque.

Et pourtant, le voilà à nouveau, frappant aux portes de l’occident, réclamant sa place sur le vieux continent. Naïfs sont ceux pensant pouvoir le maîtriser, l’empêcher d’avancer, de tout prendre. On arrête la violence des idées que par la violence des actes contestataires, mais la lâcheté enserre les pauvres âmes comme un étau.

« Peut-être qu’on s’inquiète pour rien. »

N’est-ce pas vrai, au fond ?

L’état utilise ses outils consciencieusement, ne ciblant que des groupes isolés et minoritaires. Des petits groupes, puis des moyen groupes. Pas les grands groupes, jamais les grand groupes. Trop dangereux, trop risqué, il faut d’abord les diviser.

On s’inquiète pour rien, jusqu’à ce que rien devienne nous, puis nous n’avons plus le privilège de nous inquiéter.

La télé diffuse comme toujours de tristes nouvelles. Des rafles aux États-Unis, rappelant les heures les plus sombres de notre histoire, et je repense à ma patrie. Elle n’est pas si loin, l’époque des camps de filtration, n’est-ce pas ? Je peux m’en souvenir comme si je l’avais vécu moi-même. Et les chasses à l’homme en Bosnie, cela ne date t-il pas d’hier ? Hum, je l’aurait cru pourtant, ma mémoire est si floue parfois. Ou peut-être qu’elle n’est que juste.

Je ne sais pas, je m’en fout. Ça ne me concerne pas. Pas pour l’instant en tout cas. J’ai déjà donné en Tchétchénie, je mérite un peu de repos.

Mais les protestations sont si bruyantes et pourtant silencieuses. Elles arrivent aux mauvaises oreilles, il me semble. On ne cherche pas à se faire entendre, on veut juste se donner en spectacle. Le spectacle amuse un temps, mais on se retrouve sans rien ensuite.

Alors on blâme encore notre voisin démuni, jamais ceux qui, à leur guise, peuvent acheter et vendre nos vies. Et ceux-là nous rient au nez, sans s’en cacher.

Avons-nous perdu toute dignité ?

Je repense à ma patrie, et la réponse est oui.

On se prépare résolument à la mort et la violence, celle que j’ai fuis mais qui revient me hanter comme une furie.

Et le cycle se répète,

Encore,

Et encore,

Et encore,

Jusqu’à ce que l’on comprenne, mais on ne comprendra pas,

Que le problème n’est pas de nous, mais d’eux,

Ceux que l’on voit clairement mais qu’on refuse de reconnaître.

Alors on ne les blâmera pas,

Et le cycle de répétera.

Je serais de nouveau étrangère,
Ici et ailleurs, et plus loin encore,

Et demain, je serais de nouveau dans ce village en ruine, sous les décombres des tours médiévales,

L’étendard portera de nouvelles couleurs, mais la finalité restera la même


Le message

Étant enfant d’immigrée et réfugiée de guerre, j’ai voulu exprimer à travers ce texte le mal être ressenti par la plupart si ce n’est tous les réfugiés de guerre lorsqu’ils doivent quitter leurs pays et trouver refuge dans un autre pays – un pays qui lui-même fini par sombrer dans un climat de violence et de haine de l’autre, comme un cycle qui se répète sans cesse.
Parfois, il est nécessaire de rappeler à travers l’art à quel point la haine de son prochain mène à des violences extrême et la destruction. Destruction du matériel, de nos biens, de nos maisons, mais aussi de l’immatériel – nos âmes, notre dignité humaine.


Le processus créatif

J’ai été (malheureusement) inspirée par les récents événements, que ce soit aux États-Unis ou dans le reste du monde. Voir ces nouvelles, ces événements tragique, sur les réseaux sociaux m’a causé beaucoup d’angoisse et de stress. Je me suis sentie profondément mal et impuissante face à des événements qui se sont produit, sous d’autres formes, dans mon pays d’origine.
Quand j’ai ouvert mon ordinateur pour exprimer mon mal-être et essayer de m’en décharger un peu, les mots me sont venus tout seul. J’ai écrit d’une traite, sans vraiment me relire ni corriger quoique ce soit, car exprimer mon ressenti de manière spontanée me semblait plus important que de l’enjoliver en réfléchissant à des tournures de phrases plus adapter mais moins personnelles.