Quand j’étais un petit garçon,
Je voulais qu’on m’appelle « Élisa »,
J’aimais tellement ce prénom,
J’oubliais totalement « Thomas. »
Ma famille riait de ce « petit jeu »,
Elle s’en amusait très souvent,
J’étais triste qu’on ne me prenne pas au sérieux,
Et j’ai senti une cassure dans mon cœur d’enfant.
J’ai grandi morose et mal dans ma peau,
Ce « petit jeu » est devenu trop lourd,
J’attendais que quelqu’un lise mes maux,
Mais à mon mal-être, tout le monde était sourd.
Arrivée à l’adolescence,
J’ai commencé à devenir un homme,
Pour moi, plus rien n’avait de sens,
Et ces changements étaient ignobles.
A 17 ans, je ne voyais plus d’avenir dans ce corps,
Et ma vie continuait d'être un foutoir, un vacarme,
Alors, j’ai compris que se mentir, c’était comme être morte,
Et j’ai exclamé à mes parents : « Je suis une femme. »
A ce moment-là, j’ai vu leur visage se décomposer,
Mon père est parti en colère, et sans un mot,
Ma mère, blanche, s’est assise sur le canapé,
Et moi j’étais là, perdue au milieu de ce chaos.
Quelques mois plus tard,
L'amour est venu adoucir mes soucis,
Au beau milieu de ce bazar,
Un peu de ciel bleu a percé mon ciel gris.
Aujourd’hui, je suis épanouie et mon chemin est époustouflant,
Alors que mes histoires n’étaient pour eux que des broutilles.
Mais je n’oublierai jamais cette déception dans mes petits yeux brillants,
Lorsque sèchement l’on m’a dit : « Non, tu ne seras jamais une fille ! »
Mes parents ont accepté ma transition,
Qui je suis, et qui j’ai toujours été,
Je n’ai pas vraiment changé dans le fond,
Je suis toujours leur enfant, peu importe le sexe que j’ai.
Si j’avais un mot à dire à « Thomas »,
Qui étouffait chaque soir ses sanglots dans son oreiller,
Je lui dirai tout bas, pour ne pas réveiller maman et papa :
« Un jour, tout s’alignera, et tu seras heureux, je te le promets ! »
Le message que je souhaite faire passer est que chaque enfant, chaque adolescent(e), quelle que soit son identité de genre, a besoin d’être accepté tel(le) qu’il(elle) est. Il(elle) a besoin de soutien et d’amour pour être accompagné(e) sur le chemin de sa transition. Pour les parents, cela restera toujours leur enfant, peu importe son genre. L’essentiel est qu’il puisse être heureux et épanoui. Son corps reste son propre territoire qu'il a le droit d’aimer et de chérir à sa façon.
C'est un texte en 10 quatrains qui ont des rimes de forme " ABAB ", ( petite exception au quatrain numéro 5, vers 1 et 3 )
Le début du slam commence par évoquer la vie d'Elisa enfant, perçue comme un garçon, et sa souffrance face à sa famille qui ne la prend pas au sérieux. Il évolue vers l'adolescence ou son mal-être s'amplifie avec les premiers changements corporels dus à la puberté et le fait que son corps masculin se dessine de plus en plus. Il se poursuit avec la révélation d'Elisa concernant son identité auprès de ses parents, et le choc que cela provoque chez eux. Il continue vers le premier amour d'Elisa qui lui redonne le sourire. Il se poursuit par une rétrospective du chemin qu'a parcouru Elisa depuis l'enfance, et sur une note positive puisque ses parents finissent par l'accepter telle qu'elle est. Enfin, il se termine sur un message d'espoir qu'Elisa fait passer au petit garçon qu'elle était pour le rassurer face à l'avenir.
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