Un territoire vivant, c'est toute la richesse de ses écosystèmes, l'entrelacs de la faune et de la flore, mais aussi ce qui n'appartient ni à l'un, ni à l'autre et qui pourtant l'identifie, le particularise. Car un territoire vivant, c'est aussi les couleurs, les matières, les lumières, qui révèlent sous notre regard des créatures incongrues, faites de roche ou de bois, immuables et changeantes à la fois. Car en repassant au même endroit à une heure différente, il aurait été difficile de faire la rencontre de ce gardien silencieux, l'air sage et bienveillant, bouche-gueule entrouverte se découpant, grâce aux contrastes de cet instant précis, au milieu des arbres. Le territoire qui vit, c'est le territoire qui bouge, de manière parfois imperceptible, d'un instant à l'autre, qui toujours se recompose, qui jamais ne cesse d'émerveiller : un territoire sensible, qui invite à la contemplation et à l'imaginaire.
Sans être à l'affut de rencontres inédites, j'ai néanmoins l'habitude d'aller marcher avec mon appareil photo autour du cou, pour saisir les lumières, les feuillages, les êtres aperçus au détour du chemin. C'était sans but précis, si ce n'est celui de parcourir les bois du Sud-Ouest de la France, que j'ai fait la rencontre de cet être rocailleux, qui m'a immédiatement fascinée. Aux côtés de mon père, j'aiguise depuis l'enfance mon regard et mon imagination dans les milieux naturels, apprenant à me laisser surprendre par des personnages comme celui-ci. Je suis restée de longues minutes à l'observer, avant de me décider à faire son portrait avant que la lumière déclinante ne rompe le charme. Mon processus créatif, si je devais le décrire, serait donc celui du qui-vive, de l'attention portée à ce qui m'entoure, et de la curiosité que j'ai pour les lieux.
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