Courants verts

Anouck Labbé

Photo

CITIES
EARTH_LIFE

L'oeuvre


Le message

À première vue, il est difficile de déterminer ce que représente l’image. Des masses vertes dessinent des îlots, des couloirs sombres tracent des voies : on croit voir un territoire vu du ciel, le sol d’une forêt, une carte, une peinture abstraite. Il s’agit en réalité de la surface d’une rivière, couverte de plantes, dont le vert intense semble presque irréel. Cette confusion révèle l’idée de “territoires vivants” : le vivant produit ses propres frontières, ses propres circulations, ses propres ramifications.

Sous l’immobilité apparente du tapis végétal, l’eau continue de s’écouler. Le mouvement n’est pas visible mais il est bien présent : tout un monde se déploie sur cette rivière qui poursuit son chemin. J’ai tenté par cette photographie de représenter un écosystème autonome, dont l’humain est absent, pour rappeler que le territoire n’est pas une surface à conquérir, mais un réseau en transformation constante, animé par une pulsation continue.


Le processus créatif

Pour réaliser cette photographie, je suis partie marcher dans la campagne avec mon appareil, en gardant en tête le thème des « territoires vivants ». Je pensais aux images de Sophie Ristelhueber en Irak, où le sol porte les marques de la violence, ainsi qu’aux paysages organiques et urbains de Clément Bagot. Je souhaitais produire des images où les traces du vivant composeraient elles-mêmes un paysage presque abstrait.

Je suis tombée sur cette rivière recouverte de végétation, dont le vert éclatant contrastait avec la grisaille du ciel de janvier. Cette image m’a semblé incarner le thème par sa capacité à troubler l’échelle et la lecture : le territoire n’y est pas dessiné par des frontières humaines, mais par la dynamique du vivant lui-même.