Le monde des vivants

Emma Santer-Simonet

Texte

WATER_LIFE
EARTH_LIFE
CLIMAT

L'oeuvre

Autour de moi :
Le vent expire,
La mer aspire,
Les arbres transpirent,
La terre s’étire,
Les nuages de toutes formes se parent.

Le monde, entier, est vivant.
Pas seulement
Les oiseaux qui chantent,
Les poissons qui flottent,
Les fauves qui attrapent
Et les proies qui s’extirpent.
Mais bien l’ensemble du territoire, du vivant.

L’arbre mort foisonne de vie.
Les insectes s’y réfugient,
Tout comme les oiseaux chanteurs :
Un monde entier né de bonheur.

Le vent avec la mer partage un souffle :
Leurs respirations se répondent, en chœur.
Des paroles s’échangent, qu’ils camouflent,
Absolument, aux humains, par rancœur
(Trahison de laquelle ils se protègent) – pour l’instant.

La terre-mère est l’origine de tout ce monde :
Depuis le commencement, elle est la source
Du bonheur absolu qui constamment l’inonde,
Et du trésor qu’il contient en lui : ses ressources.

Mais un antagoniste s’accapare les pouvoirs
Du monde, des espaces du vivant, des territoires :
L’humain, qui dans sa course, détruit ce qui l’entoure,
Ce qu’il estime lui revenir, sans aucun détour.

Le territoire vivant se défend dans la paix,
Résistance douce pour des droits inaliénables,
Révolution silencieuse contre un ennemi surpuissant.

La rancœur est présente partout, mais ne doit jamais triompher :
Elle permet la survie mais ne peut laisser place à la haine.
La passivité ralentit le combat mais l’agressivité annihile l’essence du vivant,
La fait exploser et se recomposer en violence bestiale.

C’est donc autant que possible dans l’amour que le territoire se défend.
Ses armes de douceur s’opposent à celles des humains :
Proposition séduisante d’une vie de tranquillité
En rupture avec celle d’une consommation effrénée.

Mais comment cette résistance peut-elle fonctionner sans le support actif des humains eux-mêmes ?
Quand un appel au secours aussi flagrant émane de la source même de la vie, est-il simplement possible de l’ignorer ?
Le message est pourtant clair : le territoire vivant use de ses dernières ressources pour nous amener à vivre avec, en harmonie.
Il s’agit donc, avec toute la force dont nous sommes capables, de répondre à son appel, et de le faire accomplir sa destinée : créer un monde du vivant, par le vivant et pour le vivant.

Sortons dans la nature,
Marchons dans la forêt,
Aimons les créatures,
Les espaces arborés.

Protégeons le vivant, toujours :
Les plus vulnérables d’abord,
Puis tout être de la nature,
Y compris chaque prédateur.

Chantons une ode aux ruisseaux qui coulent,
Aux oiseaux qui chantent le jour et la nuit,
A l’herbe qui pousse et soutient les foules,
A chaque vivant, dès aujourd’hui.
(Sans distinction aucune : égalité)

Aimons purement, simplement, innocemment,
Les merveilles du monde vivant et ses failles.
Apprécions paisiblement, délicatement,
La beauté aux alentours, dans chaque détail.

Marchons dans la nature, une espèce parmi tant d’autres,
Nageons dans l’eau qu’elle nous offre, en compagnie des poissons,
Sans voler jamais au-delà de notre condition.
Nous appartenons à son monde plus qu’elle n’est nôtre.


C’est en retrouvant notre relation première avec la nature : celle d’un respect mutuel et d’un attachement sans faille, que nous pourrons sauver l’essence des territoires vivants, leur force naturelle.
Fuir toute forme de destruction productiviste pour parvenir à une création unificatrice.
Respecter chaque être dans une visée d’harmonie, car c’est bien grâce à l’ensemble du vivant que nous évoluons dans le monde.
La nature est le fondement de notre vie, c’est donc avec humilité qu’il nous faut l’envisager.

Nous, humains, sommes aussi vivants que les territoires qui nous entourent. Nous devons ressentir cette vie au plus profond de nous, à chaque instant, pour envisager le monde tel qu’il est : une union d’êtres dignes de respect.
C’est alors avec joie que nous saurons profiter pleinement des trésors de la vie.


Le message

A travers mon texte, j’ai cherché à représenter la beauté et la richesse du vivant, ainsi que son rôle indispensable dans l’existence humaine. Je parle autant de la part incontestable de nature que l’on a en nous que de l’importance de préserver les territoires qui appartiennent au vivant. Dans cette œuvre, j’ai essayé de montrer à quel point la connexion avec la vie autour de nous ainsi que le respect qu’on lui apporte sont des caractéristiques essentielles pour mener une vie accomplie. Nous devons vivre en harmonie avec la nature pour vivre en harmonie avec nous-mêmes. Il s’agit donc d’une invitation à profiter (au sens positif du terme) de ce que le vivant nous apporte afin de mettre tout en œuvre afin de le préserver.


Le processus créatif

Mon texte s’est naturellement construit sous la forme d’une alternance entre des vers stricts et d’autres libres. Pour les stricts, j’ai formé une sorte de miroir entre deux parties du texte, la première s’étant développée assez naturellement et la seconde prenant modèle sur elle. J’ai écrit des vers de plus en plus longs en raison de l’inspiration progressive que j'ai eue, comme si les quelques premiers mots évoluaient pour permettre de construire un monde plus complet. La structure étant assez technique, j’ai procédé à des allers-retours fréquents entre le travail de forme et des relectures sur le sens. Pour les vers libres, j’ai repéré des ruptures dans la trame de l’histoire et je me suis laissé guider par les idées qui me venaient à l’esprit. Elle permet d’étayer directement mes pensées.
Je m’y suis repris à plusieurs fois pour écrire ce texte, à la fois pour trouver différentes sources d’inspiration et pour retrouver de la concentration après mes longues réflexions sur la forme.