J’attends.
Entre ces murs où tout crie toi, le mur tapissé de tes affiches, l’odeur de tes bougies, l’aiguille de l’horloge restée bloquée, la décoration dépareillée qui s’entasse.
J’attends, j’écoute les pulsations de mon cœur s’alourdir dans l’attente, proche de la somnolence. L’hibernation.
J’ai décoré cet endroit pour toi, pour que tu t’y sentes bien, pour que tu veuilles rester avec moi. J’ai sorti ton disque préféré et cuisiné pour toi, je t’ai fait un thé et une bougie se consume lentement, seul témoin du temps qui passe.
Je n’ose pas bouger, je suis étendue sur le parquet, j’attends qu’il craque, le bruit d’une sonnerie, d’une clé qui se tourne dans la porte. Mon ventre gronde, le plat est froid. Je t’attends pour manger, je t’attends pour ranger.
Dans cet endroit, tu prends toute la place, et pourtant tu n’es pas là.
Je ferme les yeux. Il est tard.
Dehors, les gens font la fête. Ils rient fort et mes yeux fatiguent. La sauce du plat s’est figée dans ton attente, une affiche s’est décollée, ne reste plus qu’un petit rectangle blanchi par le temps.
Dehors, il est tard et les gens vivent, et moi j’attends, et le thé est froid. Je n’aime même pas le thé.
La cire a fondu sur le parquet mais je laisse la lumière allumée ; juste au cas où. Je t’attends pour me lever, pour nettoyer la cire.
J’attends, allongée entre ces murs habités par ton absence.
Je t’ai attendu jusqu’à ce que je comprenne que tu n’allais pas arriver. Ni maintenant, ni plus tard, ni jamais. Que j’avais passé trop d’heures à attendre au lieu de vivre. Le disque nasillard qui passait en boucle et les grimaces de tes affiches préférées sur le mur me narguaient. Je les avais mis pour toi, et toi, tu n’avais même pas voulu venir. Je t’avais laissé prendre toute la place dans cet endroit, et maintenant, ce n’était ni chez toi, ni chez moi, un endroit à part aux posters moqueurs, un endroit où je me sentais mal.
Je me suis levée, j’ai vidé le thé dans l’évier, j’ai rangé la boîte dans un carton, à côté de tes lettres et des babioles de nos souvenirs. J’ai rangé la tasse, la brosse à dents, l’autre oreiller. J’ai brûlé un bâton d’encens, lourde odeur mystique qui a pris le dessus sur la bougie poudrée.
J’ai sorti quelques chaises, d’autres verres, d’autres assiettes. J’ai suspendu des fanions colorés au mur, par-dessus les rectangles blancs de tes posters ; je les avais toujours gardés dans un placard, bien rangés, je savais que tu ne les aimais pas.
J’ai lancé plusieurs disques jusqu’à découvrir celui que je préférais, j’ai reçu des gens, j’ai rempli des verres, vidé des verres, j’ai ri fort, par-dessus le silence que tu as laissé. Au début, il était assourdissant, mais avec le temps, il a fini par ne plus faire de bruit, ou plus le même bruit qu’avant. Le silence était reposant. Je pouvais réfléchir, dans le silence, organiser mes pensées, trouver ma place.
J’ai éteint la lumière et me suis couchée en diagonale sur mon lit, j’ai écouté les rires bruissés et les battements de mon cœur apaisé.
Et dans cet endroit, ton fantôme a pris de moins en moins de place, jusqu’à n’être plus qu’une petite boîte en carton au fond d’un placard, et la tâche de cire sur le parquet, qui ne veut pas partir – j’ai acheté un petit tapis pour la couvrir. Parfois, quand je ne trouve pas le sommeil, je relis tes cartes postales, les souvenirs de nous, et je souris. Je ne t’attends plus.
Cet endroit est enfin devenu ma maison.
Pour trouver un endroit vivant, il faut l'y remplir de souvenirs et de projets, en faire un endroit à soi, saisir les opportunités plutôt que d'attendre quelque chose et se plier aux autres.
Travailler sur l'espace mental en utilisant un vrai lieu, la place que les autres peuvent prendre dans notre esprit et le temps que l'on passe à attendre leur attention plutôt qu'à construire des souvenirs. Analyse du sentiment de passivité, d'être une tapisserie et d'exister de manière lisse pour plaire aux autres plutôt que de prendre des risques et nous comprendre nous-mêmes, se réaproprier son espace à soi, mais aussi transformer physiquement un endroit en maison. Après avoir exploré cette idée avec quelques phrases, développer celles qui paraissent intéressantes et y trouver un fil conducteur en dégageants les idées importantes avec plus de clarté.
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