Une Collection de Poèmes qui Résonnent
Pour le concours Résonances de la Fondation Goodplanet
Mon Corps est Terre:
Mon corps est Terre.
Mon corps est terne.
Elle,
Son corps éternel,
Brûlé dans ma rétine tel un vieil écran délétère.
Je la vois dans les arbres, dans les racines, dans l'éther.
Elle grimpe aux murs des pensées qui me harcèlent,
Que puis-je faire sauf les faire taire, elles.
Territoires Morts et Mourants:
L'existence de territoires vivants,
Implique-t-elle l'existence de territoires morts?
Mourants?
Réanimés?
Où se situent les cimetières ?
Avec leurs âmes agitées.
Et les paysages littoraux?
Là où se bat la mer,
Vague par vague,
Contre un cancer ?
Peinture:
Un trait de peinture,
Sur une bien trop grande toile.
Tu n’existes que sous le faisceau éblouissant d'un regard,
Et tu te calcifie sous un jugement embrasé,
Laissant de ton existence seulement la fine épaisseur,
D'un rouge sombre de sang séché,
Paraître sur ce désert blanc cassé.
Larmes:
Les larmes de joie se mêlent aux larmes de tristesse,
Et aux larmes qui essaient en vain de me protéger du vent froid.
Malgré les corps chauds qui nous encerclent,
Et les épaisseurs de plumes qui nous entourent,
Les grandes expirations de ces poumons souterrains me gèlent les os.
Alors que l'on fait face à un hiver étrangement doux,
Le givre de la solitude rampe de plus en plus profondément dans mes entrailles.
Les portes se referment entre nous comme les crocs d'un énorme monstre,
Ses grondement annonçant un départ imminent.
Je te lance un baiser juste avant qu'elles ne se ferment pour de bon.
Le monstre reprend son chemin et je le suis,
D'abord en marchant.
La chaleur de ton amour,
Qui retient si bien l'avancé du givre,
Se dissipe petit à petit.
Ensuite en courant,
J'essaie de te rattraper,
Rêvant d'un dernier câlin,
Avant que le gouffre de notre amitié s'ouvre de nouveau.
Mais c'est déjà trop tard.
Nuits//Nuisent:
Le ventilateur grogne, crachant un courant chaud sur ma peau nue,
La fumée s’infiltre à travers les fissures de mes volets.
Ses cendres toxique se mêlent maladivement,
Avec les pensées qui mijotent dans ma tête.
Je me noie dans la goutte de sueur qui me caresse le bas du dos,
Alors que la lueur maladive sur ma table de chevet n’indique que 04:00.
Comme le chaudron d’une sorcière, mon corps et mon âme abritent un tourbillon de malédictions,
Le feu se répand, ce n’est que le début…
Trains de vies:
Mon sang ne cours seulement dans les rivières,
Mais aussi dans les chemins de fers,
Ou les rainures s’adaptent au fret qu’elles expédient.
D’un grain de beauté à l’autre,
Tu traverse le vaste paysage de mes épaules,
Dans le creux des vallées sillonnantes,
En passant par les pics de mes omoplates.
Tu suis les longues traces blafardes dessinées sur ma peau.
Et tu te perds dans les forêts de poils sombres,
Du moins, dans celles qui n'ont pas encore été brûlées, coupées, ou rasées.
Il semble que la nuance soit une espèce en voie de disparition. Peut-être que ceci a toujours été le cas, mais en ce moment, ce manque me paraît de plus en plus nocif. J'aimerais que tous ceux.elles qui lisent cette collection de poèmes se sentent encouragé.es à remettre en question ce qu'il.elles prennent pour acquis. C'est un exercice difficile mais nécessaire afin d'œuvrer pour un monde plus juste, durable et joyeux.
J'ai eu une chance inouïe de beaucoup partager avec des personnes indigènes du Canada pendant mes quatre ans là-bas. J'ai été exposé à des perspectives qui ont bouleversé ma façon de voir le monde et notre relation avec l'environnement naturel. En particulier, le livre "Making Love with the Land" par Joshua Whitehead est un testament radical d'amour pour notre planète qui m'a profondément marqué et inspiré à redéfinir ma relation avec le territoire. C'est immédiatement vers lui que s'est tourné mon esprit quand j'ai découvert la thématique de "Territoires Vivants".
Que ce soit les mains dans la terre en faisant de l'archéologie, ou la tête dans les nuages alors que mes jambes capitulent au bout d'un troisième kilomètre de course, mon processus créatif pour la poésie ressemble à un ouragan : une tempête perpétuelle d'idées qui tente de son mieux de me noyer. Il m'arrive de faire surface et de soudainement y voir clair, juste assez longtemps pour attraper des bribes de phrases et d'idées. Ensuite, au fil des heures, des jours, des semaines et des mois qui suivent, je danse et je joue avec ces idées jusqu'à ce qu'elles résonnent en moi. Une fois satisfait, je les tisse en voiles en espérant mieux naviguer les bourrasques de l'ouragan vers de nouvelles idées.
Contrairement à mon processus créatif pour l'art visuel, je n'ai pas du tout l'impression de le maîtriser pour la poésie. Cela va et vient et je fais de mon mieux pour en tirer des poèmes dont je suis fier.
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