Un son violent et discordant résonne au loin, alors que les pages de ce livre défilent, s’envolent les unes après les autres. Elles seules permettent de m’évader, de fuir la sordidité et l’absurdité de ce qu’est aujourd’hui la réalité.
Ce son s’intensifie et avec sa brutalité, déchire ce qu’il restait du calme environnant. C’est dire que ni la route rapide ni le centre commercial n’avaient épargné ce territoire de la célérité bruyante et violente d’un système qui sévit dans l’indifférence, mais certainement pas dans le silence.
Le bruit de ces tronçonneuses forme désormais un réel vacarme, blesse mon âme et laisse entrevoir ce qui se trame à quelques pas de là. L’ombre d’un saccage apparait. S’apparente à un drame.
C’est dans cette ironie morbide que le chant des oiseaux s’installe. Ils sifflotent, chantent la vie et la réclament, dans une symphonie d’espérance et d’amour. Ces oiseaux virevoltent et volent comme si leur vie en dépendait, à cet instant-là.
Vivre. En liberté et avec l’assurance que la vie est éternelle, à consumer sans fin et sans crainte.
Je ferme ce livre et prend la route du chantier. Le cœur lourd, la poitrine serrée. Mes jambes avancent malgré l’envie de renoncer, sous le poids de ce scénario insensé.
A cet instant précis, mon regard brûle. Le silence règle et m’accable, m’anéantit. Plus rien ne vit. Ce pinson des arbres a pris son envol. Pour ne jamais revenir. Il s’est égaré pour fuir la destruction, celle de sa maison.
Après des années de bataille politique et citoyenne et une maigre victoire si tant est qu’elle en est une, le mal est revenu. Le poids politique et l’appât financier ont vaincu.
Le mal s’impose alors qu’il déchire nos cœurs déjà tant balafrés, reconstruits par ces droits que la nature avait repris. Par la justice qu’elle s’était rendue à elle-même. Par ces concerts enivrants qui égaient un début de journée morose ou inspirent ce récit en prose.
Je perçois les moteurs incessants. Je suis consternée devant tant d’anéantissement. Et ce manque criant d’empathie, d’amour et d’émerveillement. Comment en arriver là ? Comment dénier l’essentiel sous prétexte d’intérêts futiles et illusoires ? Le court-termisme les a aveuglés, nous a bâillonnés.
L’incompréhension me gagne et l’impuissance coule dans mes veines tandis que ces larmes chaudes se déversent avec fluidité et désespoir. Le long de mes joues, la peine se transforme en haine. Et la tristesse m’inonde alors que l’heure m’abandonne à la nuit.
Morphée me nie ce soir. Je ressasse, encore et toujours. Tant d’allers et venues dans les recoins de cette sablière, d’après-midi passées à en explorer la beauté, l’authenticité et la richesse de sa biodiversité. Le monde que cette zone a créé nous plongeait, à chaque fois, dans ses ressources précieuses. Dans cette féérie qui, sans un bruit, a empli nos têtes de souvenirs. D’instants purs et régénérants.
Je me noie dans une nostalgie nocturne vive. J’y revois ces rencontres fortuites et ces échanges infinis dont le souvenir ne nous quitte.
Des images traversent mon esprit. Celles des nuits interminables à attendre, le moindre signe de vie. Un vol éclair, un chant, une mélodie.
Avec tant d’émoi je retrace mon enfance et la patience, jumelles à la main. Une sorte de latence qui couvre palpitations et exaltation à l’idée d’entendre leur ramage, un soir d’été.
C’est un territoire vivant, d’éléments et d’instants. Une ressource puissante qui transpire l’infinitude et l’apaisement. J’y ai tellement puisé. Inspiration et réconfort.
Tout est rasé, sauf ces sensations auxquelles je m’accroche. Personne ne peut me les arracher. L’âme destructrice périra dans le malheur, sous le regard peiné et désarmé de l’observateur. Mais les souvenirs triompheront avec douceur.
Alors que le lendemain m’effraie et m’attrape d'ores et déjà la gorge, je me replonge dans ce livre qui m’offre rêveries et champ des possibles. Parce qu’il ouvre, j’en suis convaincue, la voie de demain. Faite d’espoir et d’imaginaire.
Ce texte reflète les tourments d'un.e citoyen.ne désemparé.e, dépassé.e par l'artificialisation et la bétonnisation des sols. Il met en lumière la valeur sentimentale que l'on attache à un lieu, à ses composantes et aux êtres vivants qui s'y développent, au-delà de la catastrophe environnementale que représente sa destruction.
Ce texte démontre toute l'impuissance et la douleurs ressenties face à des décisions politiques souvent incomprises qui placent le citoyen dans un étau, sans recours ni moyen de protestation. Les souvenirs en guise de seules ressources, guidés par l'espoir et l'envie de défendre ces endroits riches de toutes parts, le citoyen s'inspire et innove pour tenter d'éclairer l'importance et la préciosité majeures de ces zones naturelles dont la valeur est inestimable, au contraire d'un projet industriel froid et inerte.
Je me suis imprégnée de la situation qui m'affecte, à savoir la création d'une zone d'activités économiques sur un territoire naturel et riche en biodiversité dans ma région. Cette zone a été sauvée des mains de l'industrie il y a 6 années maintenant suite à la mobilisation des citoyens et à la mise en place d'une ZAD. Le titre de ce texte fait référence à celle-ci. Car 6 ans plus tard, un projet de construction est à nouveau mis sur la table. Il est surtout un projet de destruction et de déni de la valeur écologique exceptionnelle du site.
J'ai tenté de mettre l'accent tant sur la richesse des zones naturelles que celle créée dans l'imaginaire des êtres qui les visitent. L'intention était également d'amener de la poésie, à titre d'espoir et d'adoucissement d'une réalité où les priorités sont souvent mal placées.
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