Une fois que tu l’entends
Retourne le mouvement
Un quart de cadran
Et entre
Dans l’amphithéâtre de monolithe, de roche éternelle
Dans le cercle des premiers esprits mapuche et cette impression cérémonielle
Dans l’épicentre des larmes de vie de ce monde essentiel
Entre
Trouve ta place
Et attends
Que l’on te prenne par les épaules et que tu ressentes
Ton corps se détendre et plier le métal déformé
Qu’une main bienveillante se pose sur ton front délicatement
Étire progressivement ta tête pesante à sa juste place, vers l’arrière, vers la base du bassin
versant
Que la cage de tes poumons et de ton coeur s’effrite couche après couche comme un livre sacré de
mille-feuille, déchiré sur lui-même
Que ta colonne se rejoigne, enfin circulaire
Et ton toi, enfin libéré, bout de soleil
Entre dans les larmes émeraudes
Um
Un ressenti discriminant s’achève enfin dans la chaleur de l’absolu
Je crois
Ce que je sais c’est qu’il n’y avait plus de moi
Juste la plus grande des petites morts
Celle des montagnes et des lagunas, celle de la terre et de mon doigt, celle de la pachamama et de
la mer ; et de ce soleil d’éther.
J’y étais
Enfin
Là où il n’y a plus de début ni de fin
Là où il n’y a plus de fin ni de là
Là où il n’y a plus de là ni de toi
Là où il n’y a plus de moi ni de ça
Juste le monde
Juste la création
D’elle-même à elle-même qui s’enfante
Délicieuse
J’ouvre les yeux et m’y plonge apaisé
Car un, enfin,
Dans l’émeraude du vivant
Et quand tu reviendras à toi
N’oublie pas cette eau de glacier et cette laguna
Et la beauté d’un monde de lucioles en fractales de glaciers
Et le cri d’une vallée
Au fond de tes yeux
C’est toi
Ce poème est issu des Jardins dionysiaques, un recueil qui traverse le processus de seconde naissance — naissance à soi-même et naissance au monde. Trois mouvements s'y succèdent : la parenthèse enchantée de la nature, le retour à l'absurdité de la ville, puis le départ où la frontière entre le « moi » et le « monde » se fissure pour de bon.
L'émeraude du vivant est le moment où cette frontière éclate. Au point le plus au Sud de tous les continents, au bord d'une lagune émeraude et de son glacier, je découvre qu'il n'y a pas de fin à chercher — nous sommes, en tout lieu, au cœur du vivant. Le monde est un rhizome et nous en sommes un nœud parmi d'autres. La frontière entre l'humain et le vivant se dissout. Le territoire vivant n'est pas un lieu à atteindre mais une conscience à éveiller. Au fond de tes yeux, c'est toi.
Les Jardins dionysiaques ont été écrits entre mars 2024 et avril 2025, au fil d'une quête de vérité. Trois mouvements, trois processus : un voyage en train vers la Norvège, ma vie à Paris entre absurde et espoirs, puis le départ pour l'Amérique latine et le retour.
L'émeraude du vivant a été écrit à Ushuaia, au point le plus au Sud de tous les continents. J'y achevais ma quête vers le Sud et découvrais, là où je pensais trouver une raison, un but, une fin, qu'il n'y a pas de fin : nous sommes en tout lieu au cœur du vivant, dans ce rhizome qu'est le monde. Ce poème retranscrit l'expérience d'union et de contemplation vécue sur les berges de la laguna Esmeralda et au pied de son glacier — un moment où la frontière entre l'homme et le vivant a éclaté, une dernière fois, pour ne plus se refermer. Écrit au premier jet, dans l'urgence du ressenti, c'est le point d'étape lumineux d'un recueil qui cherchait, depuis le début, cette évidence.
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