Habiter l'altération

Guillaume Ippolito

Photo

PHEALTHoverty
WATER
CONSUMPTION
EARTH_LIFE

L'oeuvre


Le message

Sur une plage de Boipeba au Brésil, après la pluie, un groupe d’urubus noirs déploie ses ailes pour les sécher au soleil. Au premier plan, un amas de déchets humains rompt l’équilibre du paysage. Par hasard, ils lui tournent le dos. Ce geste n’est pas une fuite : il est instinct, nécessité, continuité du vivant.
Ces charognards participent naturellement au cycle du vivant : ils nettoient, transforment, réintègrent la matière. Mais face aux résidus artificiels, leur présence devient symbolique. Comme si le vivant gérait la mort naturelle, mais pas nos rebuts artificiels.
Ce territoire n’est pas un espace intact : c’est un espace traversé par des tensions. Ici, la nature ne disparaît pas. Elle continue son mouvement, indifférente en apparence, résiliente en réalité. Les oiseaux n’ignorent pas nos traces ; ils évoluent avec elles. Le vivant persiste, même dans un territoire altéré. Leur dos tourné devient symbole : le vivant poursuit son mouvement, avec ou sans notre regard.


Le processus créatif

Mon travail explore la fragilité des territoires, mais aussi leur capacité d’adaptation. Cette image marque un déplacement : plutôt que montrer la blessure frontalement, j’ai choisi d’observer la continuité.
La démarche artistique se trouve dans la composition de l'image. Les oiseaux au centre, presque en cercle, ailes ouvertes comme un geste collectif. Leurs silhouettes sombres contrastent avec la lumière chaude après la pluie, qui donne une atmosphère presque sacrée. La végétation luxuriante à l’arrière-plan contraste avec les déchets au premier plan. Le tas est placé en bas de l’image, comme une cicatrice discrète.
Je cherche un équilibre entre beauté et inconfort. L’esthétique attire d’abord : la répétition des formes, la lumière après la pluie, la scène presque chorégraphiée. Puis le regard découvre la présence humaine. Ce décalage permet de questionner notre place : le territoire ne nous appartient pas. Il évolue, avec ou malgré nous.