Imaginez que vous marchez en Normandie, sur un chemin qui s'étend entre deux villages du pays de Bray qui ne dépassent pas les 1000 habitants. Il ne fait pas beau mais il ne pleut pas, c'est déjà ça. Autour de vous, des champs vides. Des plaines verdâtres entrecoupées de barbelés qui se tournent les pouces. Vous arrivez au bout du chemin. Et là, enfin, la vie. Sa robe noisette laisse transparaître les courbes de ses muscles. Ses cornes pointues surplombent un museau humide pointé vers vous. Ses deux grands yeux noirs expressifs vous observent. La vie vous a vu bien avant vous. Vous faites un pas en avant, elle fait un pas en arrière. Elle est craintive, mais elle n'est pas bête. Lorsqu'elle comprend que vous ne lui voulez pas de mal, elle passe son encolure au-dessus du fil de fer. Elle vous salue. Elle s'intéresse à vous. Vous aimeriez la sortir de son bocal vert. Mais vous baissez les yeux et réalisez que c'est impossible : la pêche est interdite.
J'ai cadré la photo de façon à ce que le panneau soit un élément central de l'image mais apparaisse seulement à la seconde lecture. Je voulais que l'observateur.rice puisse d'abord se projeter dans ce paysage que m'offrait le troupeau avant de comprendre l'ironie de l’inscription rouge. J'ai pris la photo rapidement, avant que le reste du troupeau rejoigne la protagoniste curieuse. Je voulais mettre en avant le mouvement des corps qui reflète l'élan de solidarité palpable de cette petite communauté qui m'a si gentiment accueillie. Au premier plan, ma première interlocutrice est positionnée dans la diagonale de la photo. Cela permet à l'observateur.rice d'imaginer l'objet de son regard pour donner vie à une rencontre. Cette photo est une invitation à questionner notre rapport au Vivant, à repousser les limites de l’éthique animal.
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