Au début, ce sont les politiciens qui sont venus nous voir. Ils avaient des mallettes pleines de papier et de promesses. Ils nous ont trouvé pauvres et nous ont promis de l'argent. Ils nous ont trouvés affamés, et nous ont promis la sustentation. Ils nous ont trouvés mal logés, et nous ont promis de meilleurs logements.
À une seule condition. Nous devions partir, laisser derrière nous la terre de nos ancêtres et nous installer plus loin, très loin, sur une terre sans histoire. Ce que les politiciens ignoraient alors, c'est qu'ils n'avaient vu que notre surface pauvre et démunie. Sous la cendre, la braise rougeoyait, écarlate.
Mais j'oubliais de vous dire qui nous sommes ! Nous sommes le peuple de Diass, et avec nous marche la dignité. Depuis des temps immémoriaux, nous sommes opprimés. La colonisation nous a écrasés, les indépendances nous ont piétiné, laissé pour compte. Mais jamais notre dignité n'a flanché, amie fidèle et salvatrice, qui nous a fait traverser le désert aride des temps modernes.
Notre refus a surpris les politiciens. Ils n'ont pas compris notre attachement à ce bout de terre où réside notre dignité. Ils étaient interloqués devant notre ténacité innatendu. Que peut bien réclamer de plus celui à qui on promet tout ? Ils n'ont pas compris que dans cette terre reposent nos ancêtres, avec les cauris, monnaie de naguère aujourd'hui sans valeur.
Puis sont venus les ingénieurs. Ils ont parlé sans détours, ils ont parlé sans miel et sans douceur. Leurs bouches ne remuaient que pour dire des mots qui ne nous parlaient pas. Ils étaient obnubilés par les chiffres et ne voyaient pas le lieu de repos des morts, juste la terre stérile et monnayable. Ils ont amené dans leurs sillage les investisseurs aux yeux brillants d'avidité.
Les promesses ont perdu de leurs douceurs et ont tourné au vinaigre. Les visages se sont fermés, les bouches se sont tues. Les étrangers voulaient notre terre, à tout prix, alors ils ont parlé avec leurs poings. Les réticences ont été éteintes à grand renfort d'eau et de sable. Seul demeure le goût amer de la perte et de la trahison.
Face à un État qui a décidé, qui considère que ses compensations sont assez, que pouvions nous donc faire ? Fallait-il prendre les armes et nous fracasser contre leur violence implacable ? Fallait-il résister ? Faire plus ? Criez plus fort ? L'histoire s'érigera en de juge chaque partie prenante de cette tragédie.
Pour l'heure, nos ancêtres reposent en paix sous le béton, loin de nos regards, très loin. Un jour peut-être, pourrons nous revoir cette terre qui est la notre. Lorsque les derniers seront les premiers, le monde verra se lever le jour glorieux où notre peuple retournera à ses racines, déposer quelques cauris pour les ancêtres.
Ce texte vise à éveiller les consciences sur les formes d’inégalités qui se produisent lorsque des populations doivent quitter leur terres au profit d’industriels, avoir le concours de l’État.
Je me suis inspiré de faits réels survenu dans mon pays le Sénégal où des populations ont du quitté leurs terres lorsque les impératifs économiques l’exigeait. Puis je me suis basé sur ce que je pense être l’aspect le plus douloureux de ce deracinement.
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