Tandis que nous célébrons l’arbre comme sauveur face au changement climatique, nous n’en avons peut-être jamais été aussi éloignés.
Cette photographie ne cherche pas à magnifier la majesté d’un individu particulier, mais à se laisser traverser par l’atmosphère fascinante qui s’en dégage. Ses racines sont ancrées dans un territoire précis, découpé par des limites administratives maîtrisées. Mais où vont donc ses ramures ? Se détachant sur un fond brumeux, elles semblent s'élancer vers un espace affranchi des préoccupations humaines.
La myriade de branches qui s’entremêlent esquisse une terri-graphie évanescente qui nous échappe, et à laquelle nous ne pouvons prétendre accéder sans arrogance. Au-delà du chemin tracé au premier plan, les arbres de cette forêt ne semblent plus appartenir à notre monde.
Peut-être devrions-nous essayer de les comprendre, ces arbres et leurs territoires qui nous dépassent, avant de les couper, de les embétonner ; de les vider de leur sève.
Un matin lors d'un court séjour dans les Pyrénées, je pars me promener dans la brume. J'avais fait le même itinéraire la veille, par temps clair. Cette fois, l’atmosphère a complètement changé. Les branches se perdent dans un ciel ouaté, et je remarque cet arbre… En réalité, je l’ai déjà pris en photo lors de ma précédente balade, mais cette fois, je n’arrive pas à décrocher mon regard de ces entrelacs délicatement dessinés dans la brume.
Après avoir effectué quelques réglages sur mon appareil, je compose mon image. Je veille à respecter les mouvements élancés des ramures, ainsi que le contraste entre les deux principaux plans qui renforce l’impression que cet arbre et ses camarades alentours sont dans un monde différent du nôtre, habités par une présence qui m’est inconnue.
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